17 septembre 2012
Des fois le processus de démocratisation de Cuba me parait plus simple que ce qu’il n’est vraiment. Espace Laïc et le Centre Félix Varela, sous la supervision de l’Église; Thèmes et leurs derniers jeudis du mois en public, la revue Critère et d’autres espaces académiques semblent avoir, non pas la formule magique, mais au moins une idée du “comment”. Dans ces espaces, on écoute souvent des termes comme “participation citoyenne”, “donner plus de pouvoir à la société civile, multipartisme, système électoral, des termes qui convergent tous et se valent dans une démocratie.
Le gouvernement a opté pour la méthode de l’autruche, comme si en regardant ailleurs, les problèmes sujets à des débat dans les forums mentionnés -et dans d’autres forums moins conventionnels mais également actifs- seront résolus, ou au mieux, n’existeraient pas. Cette attitude est essentielle pour le maintien du pouvoir, mais il est irresponsable d’ignorer que cette minorité active, qui se prononce dans les forums ou publics dans des revues à faible tirage et faible distribution, parce que c’est précisément ce groupe de personnes qui pensent et se projettent dans la Cuba future.
D’autre part, le gouvernement a eu une réaction tardive, puisque c’est très récemment qu’on entend parler dans les médias cubains de société civile, comme par exemple, en faisant référence à l’intellectualité artistique sous la UNEAC (Union des Écrivains et Artistes de Cuba). C’était un terme mal compris, pour avoir été utilisé pour faire référence à la longue antériorité des groupes d’opposants, et par ailleurs non-reconnus, groupes qui dans n’importe quel pays normal défendent leur espace sans mériter l’acharnement du gouvernement. Des organisations ne peuvent pas, de quelques manières, écarter les autres, dans cette exclusion il y a implicitement une sorte de racisme politique qui s’avère autant détestable que les autres formes d’exclusion.
Ce que je viens de dire, correspond très bien pour commenter une initiative proposée par l’Observatoire Critique, pour les prochaines élections, de voter avec un D sur le bulletin de vote, initiative qui a reçu beaucoup de critiques. Ce n’est pas un appel à l’insurrection pour prendre le pouvoir. C’est une initiative citoyenne, une de plus qui s’ajoute à la masse des initiatives déjà existantes. Il est bien sûr évident que les bulletins estampillés du fameux D de Démocratie seront comptés comme nuls, mais la présence des citoyens dans leurs bureaux de votes permet de connaître les données de base. Alors plus il y aura de citoyens qui prennent cette initiative, plus intéressante sera la comparaison de ces chiffres avec les chiffres officiels. Le gouvernement pourrait aussi publier dans un tabloïd, de ceux qu’on imprime sans problème, le résultat des votes dans chaque collège du pays, divisés en provinces et municipalités, et mêmes circonscriptions, pour être pointilleux et faire taire ceux qui pensent que le résultat est truqué.
Je me perds dans ces thèmes qui me tracassent beaucoup et qui me posent problème quand je dois écrire, je perds en circoncision. Je me souviens de la blogueuse Yoani Sánchez dans un commissariat de police assisse face à un officier qui la prévient qu’elle est disqualifiée pour dialoguer. Ce fonctionnaire, tout au mieux, ignore que posséder un blog personnel te rend responsable de toi-même et de tes opinions; ce fonctionnaire, tout au mieux, considère comme intérêt politique l’intérêt dans la politique. Ou, tout au mieux, il ne pensait rien du tout et faisait juste son boulot.
Mon fils se lance cette année comme étudiant à la fac, et dans son cours d’introduction au Droit Mercantile, le professeur a mis en avant la nécessité de connaître les lois, les devoirs et droits du citoyen, et face à sa question sur combien d’entre eux avaient lu la Constitution, au moins les gros points, aucun des élève ne leva la main. L’indéfendable que suppose une telle méconnaissance est un cri d’alarme face au futur, parce que j’ai l’impression que ces jeunes ont été soumis à une politisation trop grande et sont devenus immunisés à la politique, et ceci est aussi positif.
Au premier coup d’œil, ces deux exemples peuvent ne pas se ressembler, mais ils sont en relation avec l’exercice de la citoyenneté en tant que droit fondamental. Tout de suite, j’ai remis à mon fils la petite brochure bleue de la Constitution, bien installée sur sa table de chevet. Je ne sais pas si le policier politique qui attaqua Yoani aura appris que dans un dialogue citoyen les interlocuteurs sont élus par leurs représentants. Et que pour octroyer ou nier les droits, il y a la loi.
Traduit par : Aïda