C’était l’année 1993, mon fils venait de naître et on m’avait laissé passer le week-end à l’hôpital. En rentrant à la maison, mon mari n’était pas là. Il rentra de chez son fils, qu’il a eu d’un précédent mariage, très énervé. Ils avaient fait un meeting de répudiation pour la mère et l’époux. Ils ont bloqué la rue, installèrent des haut-parleurs, amenèrent une foule de gens qui vociféraient pendant des heures, sans savoir ni pourquoi ni contre qui.
Le couple bataillait depuis des mois pour avoir l’autorisation de voyager à l’extérieur du pays, mais ils n’acceptaient pas la sortie du territoire définitive qu’on voulait leur imposer. Le fils de mon mari, alors adolescent étudiant en peinture, avait décidé de rester avec nous. Après cette démonstration de "ferveur révolutionnaire", le garçon ne voulait plus vivre dans un pays où se passait ce genre de choses. Bien plus tard, il faisait encore ce rêve récurrent où la foule abattait la porte de chez lui et où elle l’écrasait.
Mon fils est né quelques jours après, et son frère s’exila trois mois plus tard. Ils n’ont jamais eu l’occasion de se connaître, de se reconnaître chacun dans l’autre, puisqu’ils ont une grande ressemblance physique.
En plus des raisons éthiques, j’y ajoute cette raison très personnelle, pour plaider pour une répudiation aux répudiations, pour que plus jamais un gouvernement ne soit en position d’opposer ses citoyens les uns contre les autres.
Traduit par : Aïda
